Vernissage : « Compte à rebours »

Vernissage de l’exposition « Compte à rebours », avec Jeanne Briand, Marie Maillard, Lucy Orta, Chloé Quenum et Philippe Tourriol.

Dans le livre « A rebrousse-temps » de Philippe K. Dick, sous l’effet dit de Hobart, le cours du temps s’est inversé. Ainsi sur Terre, autant pour les êtres vivants que pour les phénomènes physiques, tout se déroulent dans le sens opposé. Les hommes ressuscitent, vivent et retournent à la matrice. Lorsqu’ils fument, ils aspirent la fumée ambiante pour la refouler dans leurs mégots. Les organisations sociales sont également impactées. Par exemple, le rôle de la bibliothèque est d’effacer le savoir. Il n’y a pas meilleure récit pour prendre conscience de la vertigineuse et invariable flèche du temps.

Fumer une cigarette à l’envers peut paraître anodin, une pure fantaisie, une vue de l’esprit mais il pose un réel problème de translation des mots en image. K Dick, dans son récit,nous prend aux pièges des constructions mentales. Avec ce postulat d’inversion des phénomènes, il crée ainsi des anomalies d’imagination. Il nous conditionne malgré notre esprit rationnel à des visions. En nous invitant à cette gymnastique imaginative, il nous pose devant le paysage vertigineux du temps libéré de son sens.

Les artistes présents dans cette exposition me paraissent avoir un rapport au temps et à l’imaginaire.
Ce projet d’expo est né de l’idée d’inverser le temps. Bien entendu, nous ne ferons pas machine arrière. Le compte à rebours continue dans son sens immuable mais la mécanique imperturbable de la rationalisation du temps va peut-être s’assoupir et la machine qui compte, rêver de moutons mécaniques.

Vernissage le 12/10 à partir de 18h
Exposition du 12/10 au 27/10

Focus sur les artistes

Jeanne Briand
Les œuvres de Jeanne Briand ne sont ni anthropomorphes, ni zoomorphes, ni même organiques, pas plus qu’elles n’appartiennent au monde des machines. Elles participent de l’ensemble de ces catégories et contribuent à en créer une nouvelle, dans laquelle prothèses et appareils, biologie et mécanique cesseraient d’être perçus contradictoirement. Ce réalisme biologique, qui émerge aujourd’hui dans le sillage de cette prise de conscience planétaire que constitue l’anthropocène, représente une tendance cruciale de l’art de notre époque.
Marie Maillard
A la croisée des arts plastiques, de l’architecture et du design, l’œuvre de Marie Maillard questionne la place grandissante d’une réalité virtuelle dans nos vies quotidiennes et les bouleversements spatio-temporels qui en découlent. L’image se superpose au réel et le requalifie esthétiquement. Ses dispositifs expérimentent le devenir-image de nos réalités. Par ces intrusions d’une image dotée de sa propre intelligence, Marie Maillard instille un doute dans notre compréhension de ce qui distingue les virtualités des réalités. Ses collaborations avec Jean Nouvel tout comme le mobilier qu’elle imagine participent de cette même tentative de repenser les frontières entre réel et virtuel à l’aune des transformations induites par les nouvelles technologies.
Lucy Orta
Diplômée en stylisme en 1989 à la Nottingham Trent University, Lucy Orta se tourne vers les arts plastiques dès 1992 suite à son arrivée à Paris et à sa rencontre avec l’artiste Jorge Orta. Son œuvre sculpturale interroge les frontières entre le corps et l’architecture et explore les enjeux sociaux qu’ils ont en commun, comme la protection, la communication et l’identité. Elle utilise aussi bien le dessin que la sculpture-textile, la performance, la vidéo et la photographie pour construire une œuvre singulière. Ses séries emblématiques comprennent Refuge Wear et Body Architecture (1992-1998), des architectures portables et autonomes représentant les questions liées à la survie et la mobilité des personnes ; Nexus Architecture (1994-2002), la mise en scène du lien social à travers des interventions et performances ; ou encore Life Guards (2004-en cours), une réflexion sur le corps comme structure de soutien métaphorique.
Chloé Quenum
Les premières installations de Chloé Quenum se caractérisent par des jeux de déplacement et de mise en scène d’objets quotidiens. Aujourd’hui, elle s’appuie sur un travail de recherche anthropologique et historique dans différentes régions du monde, notamment en Afrique de l’Ouest ou en Océanie. Elle travaille à partir de multiples matériaux, empruntant formes et signes graphiques pour les transposer sur de nouveaux supports, par l’usage de techniques et procédés artisanaux. Son œuvre opère des croisements de cultures, d’histoires et de références questionnant ainsi l’interprétation et le contexte de lecture d’un objet.
Philippe Tourriol
Proche de la manière de penser noire et vibrante des Américains Steven Parrino ou Blair Thurman, les tableaux de Philippe Tourriol s’engouffrent dans une brèche pour forcer le passage entre culture populaire et abstraction conceptuelle. Il passe par l’une pour mieux dévoyer l’autre, et vice et versa, tant et si bien qu’aucune n’en sort intacte. Sa palette, pétante avec son jaune fluo, son rose poussé à bout ou son orange empourpré, commence par allumer un premier incendie. Ces couleurs, qui dérivent en droite ligne de la gamme chromatique propre aux circuits automobiles, aux casques des pilotes ou aux carrosseries rutilantes, se trouvent employées ici à contre-emploi voire à contre-sens dans une toile à la composition classique. Comme si le tableau lui-même se faisait doubler dans le dernier virage par un cocktail de couleurs aveuglantes qui viennent in extremis damer le pion à la tradition abstraite de l’harmonie chromatique.

Date

Oct 12 2018

Heure

18 h 00 min - 22 h 00 min
Catégorie
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