Le petit guide de résistance créative de John Jordan

Tu veux savoir comment devenir un résistant du 21ème siècle, en faisant des grosses teufs et de l’art ? Écoute ça.

Tu vas te régaler et apprendre à empêcher l’expansion d’une autoroute avec un carnaval de 8000 personnes, à bloquer la construction d’une centrale à charbon avec une chasse au trésor ou à créer une salle de tatouage dans un musée pour dénoncer son financement par l’industrie du pétrole.

John Jordan mélange art et activisme depuis 30 ans. Il maîtrise la théorie aussi bien que la pratique de cette double discipline. Pour en savoir plus sur son parcours, c’est par ici.

Il est venu le 5 octobre 2018, nous livrer un petit guide de résistance créative, dont voici le son et ci-dessous, quelques passages essentiels, que tu peux apprendre par cœur.

Il était là aussi le 12 juin, pour parler du livre collectif L’Éloge des mauvaises herbes (éditions Les Liens qui Libèrent) et on te raconte, si tu cliques ici.

Et pendant ce temps #auconsulat // 5 Octobre 2018

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9:30
« Pour moi la question, c’est, dans cette guerre de l’économie contre la vie : qu’est-ce qu’on doit faire ? Sortir de l’économie. Et on doit sentir le monde. On doit le sentir dans nos tripes. »

16:25
« En 1993, quelque chose me transforme. C’était une lutte dans l’Est de Londres où j’ai appris la tactique de l’action directe. Une lutte contre une autoroute qui allait sauver 7 minutes sur un trajet de voiture et ça allait détruire 350 maisons, 3 vieilles forêts. Et les voisins et les activistes ont décidé de bloquer cette route avec leur corps. J’ai décidé de faire partie de cette lutte et je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose qui était comme du théâtre. C’était du body art. Il y avait des gens qui mettait leur corps en danger. Donc il y avait une poésie mais c’était pragmatique. Ca changeait les choses »

 

 

19:42

« Dans les années 1995, on faisait des énormes fêtes de rue. La clé, c’était le carnaval et la révolution ensemble. Le plaisir. C’était un système très simple. Tu invitais des gens, tu disais pas où c’était. C’était un mélange de teufeurs, d’artistes, anarchistes, écolos qui bossaient ensemble. » […] « En 1997, on s’est dit on va prendre une autoroute. On a décidé de prendre la M45, on a 8000 personnes qui sont arrivées, c’est la plus grande street party qu’on a jamais eue. On a mis des tonnes de sable, c’était complètement illégal. On demandait jamais, jamais la permission. On mettait la plage au-dessus des pavés. »

24:20
« Ce que j’ai aussi découvert dans l’univers de l’action directe, c’est que la base, c’est la solidarité. Toujours, on aide les autres. C’est pas comme le monde de l’art où la base, c’est la compétition. Où la base c’est d’avoir ton expo, ta bourse, ta résidence, etc. »

24:45
« En 2004, avec Isabelle Frémeaux, on a monté le laboratoire de l’imagination insurrectionnelle. L’idée était assez simple. On allait mettre ensemble les artistes et les activistes pour créer de nouvelles formes de désobéissance. »

30:45
« L’idée, c’est comment tu utilises le désir pour rendre irrésistibles des actions directes et révolutionnaires. On veut créer des formes qui sont aussi sexy que le capitalisme. »

33:00
« Si tu ne prends pas plaisir à changer le monde, le monde ne va pas vraiment changer. »

 

 

54:39

« Pour nous la ZAD, c’était très fort comme endroit, non seulement pour l’action directe, non seulement parce qu’on était contre l’aéroport et son monde. Mais pour un principe très important, c’est: jamais séparer le oui et le non. Pour nous, dans l’ADN principal de la résistance, il y a deux brins. L’un c’est le « oui », créer. L’un c’est le « non », résister. A la ZAD, ces deux choses sont ensemble. Il y a la résistance contre l’aéroport, bien sûr. Résistance avec des barricades, avec des corps et il y a tous les projets: la boulangerie, le camembert radical, les formes d’architecture vernaculaire, etc. »